La liste des ingrédients et le tableau des constituants analytiques ne racontent pas la même histoire sur la composition des croquettes de son chat. L'ordre imposé par la réglementation ne dit rien de la part réellement animale des protéines brutes affichées sur le paquet. Les cendres, elles, restent l'un des chiffres les plus mal compris de toute l'étiquette. Ce guide décrypte deux compositions réelles, une croquette de supermarché et une croquette vétérinaire, ingrédient par ingrédient, pour apprendre à lire au-delà du marketing imprimé sur le paquet.
En bref
- La composition des croquettes doit lister les ingrédients par ordre de poids décroissant calculé au moment du mélange, eau comprise, selon le Règlement (CE) n° 767/2009, article 17.
- Les protéines brutes affichées sur l'étiquette mesurent l'azote total de la recette et ne précisent ni l'origine animale ni la digestibilité, une nuance que le Code de bonnes pratiques d'étiquetage de la FEDIAF encadre sans l'expliquer au consommateur.
- Une croquette extrudée classique peut représenter jusqu'à 40 % de l'énergie sous forme de glucides, contre environ 2 % chez une souris, la proie naturelle du chat, selon une étude publiée dans Frontiers in Veterinary Science (2025).
- Chez un chat diabétique, les lignes directrices iCatCare 2025 recommandent un taux de glucides inférieur à 25 % de matière sèche, un seuil que seule la méthode de calcul par différence permet de vérifier sur une étiquette qui ne l'affiche pas.
Composition des croquettes de chat : lire l'ordre des ingrédients en premier
Le règlement européen impose un principe simple en apparence : chaque matière première doit apparaître dans la liste par ordre de poids décroissant. Ce classement se calcule au moment de la fabrication, avec l'eau naturellement contenue dans les ingrédients frais. Un ingrédient comme le poulet frais contient environ 65 à 75 % d'eau selon le morceau, d'après la table de composition nutritionnelle Ciqual, ANSES (2020). Il peut donc arriver en tête de liste sans peser plus, une fois séché, qu'une protéine déjà déshydratée citée plus loin.
Le texte officiel est sans ambiguïté sur ce mécanisme. Le secteur le résume par une image simple : le poids de chaque ingrédient au moment où il rejoint le mélange, avant tout séchage.
« ... par ordre de poids décroissant calculé en fonction de la teneur en eau de l'aliment composé pour animaux... » Source : Règlement (CE) n° 767/2009, article 17, paragraphe 1.
Cette règle explique pourquoi deux croquettes peuvent afficher « poulet » en premier ingrédient tout en contenant, une fois l'eau retirée, des quantités de viande très différentes. Le Code de bonnes pratiques d'étiquetage de la FEDIAF détaille ce principe pour l'ensemble du secteur européen. Les matières premières utilisées sous forme concentrée ou déshydratée doivent être listées selon leur poids sous cette forme, sans réhydratation fictive. Une protéine de volaille déjà déshydratée conserve donc son poids réel dans le classement, contrairement à un ingrédient frais qui perd l'essentiel de son poids à la cuisson.
Cette règle de poids calculé eau comprise explique, à elle seule, une bonne partie des confusions autour d'une composition de croquettes lue trop vite. Retenir uniquement le premier mot de la liste, sans savoir s'il désigne un ingrédient frais ou déjà déshydraté, ne permet pas vraiment de comparer deux paquets entre eux.
Protéines brutes ou protéines animales : la nuance qui change tout
Sur l'étiquette, la ligne « protéines » ou « protéines brutes » mesure la teneur en azote total de la recette. Cette valeur est convertie selon une méthode officielle prévue par la réglementation. Cette mesure ne distingue pas une protéine de poulet d'une protéine de plume ou d'un isolat de soja : le chiffre reste identique tant que l'azote total ne change pas.
Les deux croquettes décryptées plus loin dans cet article l'illustrent bien. La croquette de supermarché liste des « extraits de protéines végétales ». La croquette vétérinaire liste, elle, un « isolat de protéines végétales ». Ces deux ingrédients contribuent au taux de protéines affiché sans être des protéines réellement issues d'un animal.
Un taux de 37 % de protéines brutes n'indique donc pas, à lui seul, la part de viande réellement présente dans le sac. Il faut remonter à la liste des ingrédients et regarder si les premières lignes nomment une viande précise, volaille, boeuf ou poisson. Une catégorie générique comme « viandes et sous-produits animaux » peut recouvrir des matières très variées. Le catalogue européen des matières premières, que la FEDIAF utilise pour harmoniser l'étiquetage entre fabricants, sert justement à mieux comprendre ce que recouvrent ces catégories génériques.
Ce que je vérifie en premier sur une nouvelle recette : la présence d'un nom d'espèce précis (poulet, saumon, boeuf) dès les premières lignes. Une catégorie générique reléguée au milieu de la liste mérite, elle, un peu plus de méfiance. Un fabricant qui nomme sa viande n'a rien à cacher sur les protéines issues de cet animal précis.
Cendres brutes : un chiffre réglementaire, pas un verdict de qualité
Les cendres brutes correspondent au résidu minéral qui reste après incinération complète de l'aliment : calcium, phosphore, sodium, magnésium et oligo-éléments. Leur déclaration est obligatoire pour tout aliment complet destiné aux chats, au même titre que les protéines, la cellulose et les matières grasses. L'annexe correspondante du règlement européen fixe cette liste de constituants analytiques.
Un chiffre de cendres brutes ne dit rien, à lui seul, de la qualité globale d'une croquette. Les deux étiquettes décryptées plus loin affichent d'ailleurs exactement le même taux, 8,2 %, pour des recettes très différentes. L'une est construite autour de céréales, l'autre autour d'une protéine de volaille déshydratée en tête de liste.
Bon à savoir : un taux de cendres brutes élevé n'est ni un défaut ni une garantie de qualité. Il reflète la teneur totale en minéraux de la recette, pas leur équilibre entre eux. Chez un chat avec des antécédents urinaires ou rénaux, cet équilibre se discute avec le vétérinaire traitant, jamais seul face à un pourcentage lu sur le paquet.
Calculer soi-même le taux de glucides avec la méthode Weende
Le taux de glucides ne figure quasiment jamais dans les constituants analytiques d'une croquette, parce que la réglementation ne l'exige pas. Il se calcule par différence, une méthode utilisée depuis longtemps en science de l'alimentation animale. On part de 100 % et on retranche l'humidité, les protéines brutes, les matières grasses brutes (les lipides), la cellulose brute et les cendres brutes.
L'humidité pose un problème pratique, car son affichage n'est obligatoire, pour un aliment sec, qu'au-delà de 14 % d'eau, selon le Code d'étiquetage de la FEDIAF (2019). En dessous de ce seuil, la plupart des fabricants ne l'indiquent pas. Faute de cette donnée, le calcul retenu ici applique une humidité estimée à 8 %, une valeur courante pour une croquette extrudée classique. Le résultat doit donc être lu comme une estimation, pas comme une mesure exacte.
La croquette de supermarché décryptée plus loin illustre ce calcul. Avec 30 % de protéines, 12,4 % de matières grasses, 8,2 % de cendres et 1,8 % de cellulose, il reste environ 40 % de glucides une fois l'humidité retranchée. Le tableau ci-dessous détaille ce même calcul pour les deux étiquettes, avec la croquette vétérinaire pour comparaison.
Ce chiffre se compare à un repère publié dans une étude de 2025 parue dans Frontiers in Veterinary Science. Une croquette extrudée classique peut représenter jusqu'à 40 % de l'énergie métabolisable sous forme de glucides, contre environ 2 % chez une souris, la proie naturelle du chat. Cette seconde mesure s'exprime en part de l'énergie apportée, une échelle différente du pourcentage en poids calculé plus haut. Elle situe malgré tout un écart du même ordre, à voir comme un repère plutôt qu'une équivalence exacte.
Une étude de 2017, résumée par le service de nutrition vétérinaire de l'université Tufts, a comparé des croquettes avec et sans céréales. Son constat est net : une recette sans céréales ne contient pas forcément moins de glucides. Les céréales retirées sont souvent remplacées par des pois, des pommes de terre ou de la patate douce. Ces ingrédients restent eux aussi riches en amidon, que ce soit écrit en gros sur le paquet ou non.
Deux étiquettes décryptées côte à côte : supermarché contre vétérinaire
Voici la méthode appliquée à deux compositions réelles, relevées sur les fiches produits publiées par les fabricants. La première vient d'une croquette de supermarché vendue en gros conditionnement, la seconde d'une croquette vendue en clinique vétérinaire.
| Élément | Croquette de supermarché | Croquette vétérinaire |
|---|---|---|
| Premier ingrédient listé | Céréales | Protéines de volaille déshydratées |
| Viande nommée | Poulet, 4 % (dans « viandes et sous-produits animaux », 29 %) | Aucune viande fraîche nommée séparément |
| Protéines brutes | 30,0 % | 37,0 % |
| Matières grasses brutes | 12,4 % | 12,0 % |
| Cendres brutes | 8,2 % | 8,2 % |
| Cellulose brute | 1,8 % | 6,2 % |
| Glucides estimés (humidité 8 % retenue) | environ 40 % | environ 29 % |
Le premier ingrédient de la croquette de supermarché est une catégorie générique, « céréales ». Elle est suivie des « viandes et sous-produits animaux » à 29 %, dont seulement 4 % de poulet nommé. La croquette vétérinaire, elle, ouvre sa composition sur des « protéines de volaille déshydratées ». Cet ingrédient concentré pèse son poids réel dans le classement, sans l'eau perdue au séchage.
Cet écart illustre concrètement le principe expliqué plus haut. Le poulet frais de la première recette perd une grande partie de son poids à la cuisson. Cela explique un taux de protéines final plus bas, malgré sa position en tête de la catégorie « viandes ». La seconde recette, construite autour d'un ingrédient déjà déshydraté, affiche un taux de protéines plus élevé et un taux de glucides estimé plus faible.
Les cendres brutes, identiques à 8,2 % dans les deux cas, ne permettent pas de distinguer ces deux recettes. Seule la lecture combinée de l'ordre des ingrédients, des protéines brutes et du calcul des glucides révèle la différence réelle. C'est elle qui sépare une croquette d'entrée de gamme d'une croquette formulée pour un usage vétérinaire. La même méthode s'applique aux pâtées vendues en boîtes, avec une réserve : leur taux d'humidité, bien plus élevé, change le calcul du taux de glucides.
Comparer sa propre croquette à ces deux exemples demande de retourner le paquet et de relever les mêmes chiffres, dans le même ordre : liste des ingrédients, puis constituants analytiques. Le comparatif des croquettes de supermarché sur cinq critères mesurables applique cette même grille à huit marques de grande surface. Il aide qui veut doser plus juste sans décrypter chaque étiquette seul.
Quand la composition doit pousser à consulter un vétérinaire
Lire une étiquette aide à mieux choisir une croquette adaptée aux besoins nutritionnels du chat, mais ne remplace jamais un diagnostic vétérinaire. Chez un chat diabétique, les lignes directrices iCatCare 2025 sur le diabète félin recommandent un taux de glucides inférieur à 25 % de matière sèche. C'est un seuil que seul le calcul par différence permet de vérifier sur une étiquette qui n'affiche pas ce chiffre directement. Le choix de la croquette se fait alors avec le vétérinaire traitant, pas seul face au rayon.
Quand consulter : un chat qui boude soudainement ses croquettes habituelles mérite un avis vétérinaire rapide. C'est vrai aussi s'il vomit après un changement d'alimentation, ou s'il dort anormalement plus que d'habitude, surtout si le refus de manger se prolonge. Ce que ces trois signes combinés indiquent mérite un article à part entière.
Chez un chat en bonne santé, changer de croquettes après avoir décrypté une meilleure composition ne se fait pas du jour au lendemain. Le protocole de transition sur 7 à 10 jours reste la règle, pas un remplacement brutal. Une croquette annoncée sans céréales n'échappe d'ailleurs pas à la même règle de lecture, encadrée par la même réglementation européenne sur l'étiquetage. L'absence de céréales ne dit rien, à elle seule, du taux de glucides réel une fois le calcul fait. Une fois la meilleure composition trouvée, il reste à ajuster la quantité donnée. Doser la ration quotidienne selon le poids et le profil du chat referme la boucle entre qualité de la recette et quantité distribuée.
Ce soir, prenez le paquet de croquettes ouvert dans le placard et retournez-le. Vérifiez si le premier ingrédient de la composition est une viande nommée ou une catégorie générique comme « céréales ».
Questions fréquentes
Dans quel ordre les fabricants doivent-ils inscrire les ingrédients d'une croquette pour chat ?
Le règlement européen impose un classement par ordre de poids décroissant calculé au moment du mélange, eau comprise, selon le Règlement (CE) n° 767/2009, article 17. Un ingrédient frais comme le poulet peut donc apparaître en tête sans peser davantage, une fois séché, qu'une protéine déshydratée citée plus loin sur la liste.
Un taux de protéines brutes élevé signifie-t-il que la croquette contient beaucoup de viande ?
Pas nécessairement. Les protéines brutes mesurent l'azote total de la recette, qu'il vienne de viande, de poisson ou d'un isolat de protéines végétales, présent dans plusieurs croquettes du marché. Un taux de 37 % ne dit rien, à lui seul, de la part réellement animale de ces protéines ni de leur digestibilité.
Comment calculer le taux de glucides d'une croquette qui ne l'affiche pas ?
Appliquez la méthode par différence : 100 moins l'humidité, les protéines brutes, les matières grasses brutes, la cellulose brute et les cendres brutes, tous visibles dans les constituants analytiques sauf l'humidité, rarement déclarée en dessous de 14 %. Sans cette donnée, une humidité estimée à 8 % s'applique pour une croquette extrudée classique.
Que mesurent vraiment les cendres brutes d'une croquette pour chat ?
Les cendres brutes correspondent au résidu minéral qui reste après incinération de l'aliment : calcium, phosphore, sodium et oligo-éléments. Leur déclaration est obligatoire pour les aliments complets destinés aux chats selon le Règlement (CE) n° 767/2009, mais un taux élevé n'indique pas, à lui seul, une mauvaise composition.
Faut-il changer de croquettes dès qu'une composition semble décevante sur le papier ?
Pas sans discernement. Chez un chat diabétique ou en insuffisance rénale, un changement doit suivre l'avis du vétérinaire traitant : les lignes directrices iCatCare 2025 recommandent par exemple moins de 25 % de glucides en matière sèche pour un chat diabétique. Chez un chat en bonne santé, une transition progressive sur plusieurs jours reste la règle.
Sources
- Règlement (CE) n° 767/2009 du Parlement européen et du Conseil, version consolidée 2018, article 17
- FEDIAF, Code of Good Labelling Practice for Pet Food, publication octobre 2019
- Godfrey et al., Isoenergetic reduction of dietary macronutrients..., Frontiers in Veterinary Science, 2025
- iCatCare, consensus guidelines on the diagnosis and management of diabetes mellitus in cats, Journal of Feline Medicine and Surgery, 2025
- Tufts Cummings School of Veterinary Medicine, Petfoodology, synthèse de l'étude Prantil, Heinze et Freeman (2017) sur les glucides des croquettes sans céréales
- Whiskas, fiche produit Croquettes au poulet pour chat adulte, consultée en 2026
- Royal Canin, fiche produit Sterilised 37, consultée en 2026
